Ainé·e·s

Trop souvent, les actions municipales en faveur des aîné·e·s se centrent sur les repas des anciens, les colis de noël et quelques sorties culturelles. Mais rompre avec l’isolement et être actif quel que soit son âge et ses possibilité nécessite beaucoup plus que celà. 

Nous voulons penser la ville par et pour les gens qui la vivent. Force vive, disponible, riche de connaissances et de temps, la place des aîné·e·s doit se reconstruire dans la ville. 

De nombreuses associations et collectifs, à l’instar du gérontopôle, devront être sollicité afin de s’appuyer sur leurs compétences et leurs connaissances des enjeux et des réseaux du secteurs.

Les personnes âgées n’ont plus les mêmes demandes, les mêmes besoins et le même réseau social qu’il y a 20 ans. La ville doit s’adapter avec eux et par eux ; une ville attentive aux aîné.es doit leur permettre d’agir près de chez eux, de sortir pour rencontrer les autres, de pouvoir faire valoir leurs droits.

Quelques chiffres-clefs :

  • 25% de la population aura plus de 65 ans d’ici 10 ans
  • 16% pour les plus de 75 ans
  • 6% de plus de 85 ans

Les villes attirent plus de médecins que les campagnes, les services de santé sont plus performants et il y a plus de spécialistes. Derrière cette réalité s’en cache une autre : la pénurie de soignants se fait sentir même dans une grande ville comme Nantes. Les généralistes qui partent à la retraite ne sont pas toujours remplacés. Et nombre d’entre eux sont en secteur 2,  impliquant un coût supplémentaire pour les patients. 

Avoir un rendez-vous avec un spécialiste peut prendre plusieurs semaines. À cela s’ajoute la complexité de prendre un rendez-vous ainsi que le problème du suivi. Faute de secrétaires dans de nombreux cabinets médicaux, pour prendre rendez-vous, il faut passer par un inconnu sur une plateforme ou une application internet. Au manque de médecins s’ajoutent ainsi la fracture numérique et la difficulté du suivi.

S’y adjoint également la question du déplacement. Actuellement, aucune ambulance ne prend des personnes sur un trajet de 1 à 2 km. Or le bus et le tram ne sont pas toujours appropriés aux personnes âgées ayant une difficulté de position debout.  D’autant plus qu’il faut réussir à aller jusqu’à l’arrêt de bus. A défaut, les personnes attendent le dernier moment, lorsque les pathologies deviennent intenables. Elles iront au final aux urgences, avec le risque d’attendre sur un brancard, à moins qu’elles n’arrivent à faire déplacer SOS Médecins.

Enfin, les jeunes médecins ne sont pas toujours à l’aise avec le grand âge et ne connaissent pas toujours le réseau d’intervenants sur lesquels s’appuyer pour assurer une vigilance. La prise de rendez-vous avec l’infirmière, le suivi des problèmes divers, la prise des médicaments…

Permettre un accès à la santé

Un lieu pluridisdisciplinaire, pratiquant le tiers payant et développé en premier dans les quartiers les plus précaires. 

  • Mettre en place un centre de santé dans chaque quartier, avec le soutien de la mairie pour l’installation.
  • Soutenir un secrétariat physique qui permette un contact humain, une aide aux papiers et aux prises de rendez-vous avec les spécialistes.
  • Développer des centres de maintien à domicile.

Soutenir des aides aux déplacements

Avoir un rendez vous si on ne peut y aller, c’est inutile. La question des déplacements doit s’intégrer au parcours de soin.

  • Augmenter la proximité des centres de santé en les plaçant au cœur des lieux de vie.
  • Adapter les cheminements au personnes à mobilité réduite : bancs et chaises à espaces réguliers.
  • Faire découvrir les transports en commun avec des jeunes (expérience de Besançon en 2014).
  • Chercher des moyens de transports alternatifs : cyclopousse, voiture partagée.

Enrichir le réseau de praticiens

Le CLIC et le gérontopôle sont des lieux de connaissance qui peuvent bénéficier aux réseaux de praticiens.

  • Enrichir le réseaux entre les intervenants afin qu’ils puissent communiquer lors de besoins identifiés.
  • Repérer les praticiens, services de maintien à domicile, paramédicaux sur un territoire proche afin de mutualiser les informations facilement disponibles pour les personnes et les divers intervenants.

DES MESURES POUR SE LOGER

Le logement est un problème crucial pour la personne vieillissante. Un logement peut devenir une prison, les quelques marches impossibles à franchir, la baignoire trop haute, les poubelles qu’il faut descendre, les fenêtres lourdes à fermer ou des volets impossibles à ouvrir.

A cela s’ajoute tout le petit entretien que l’on faisait seul avant, ou avec son conjoint, la peinture, le robinet qui fuit un peu, la chaise qui est bancale et la porte du placard qui bouge.

Avant de penser changement de logement, il faut penser adaptation du logement. Comment permettre à tout un chacun de rester vivre dans son lieu ? Comment faire les petites réparations, toutes ces petites choses auxquelles on ne pensait pas avant, régler la chaudière, éteindre le gaz … Si je veux partir pour ne plus vivre seul, quelles sont les solutions qui s’offrent à moi ?

Actuellement à Nantes, l’association SOLIHA agit sur cette thématique, mais est débordée et ne peut répondre à toutes les sollicitations. D’autres associations proposent des solutions alternatives aux EHPAD et foyer logement : Habitats partagés, co-locations seniors, habitats collectifs, etc. Toutes ces nouvelles possibilités doivent être soutenu et rendues accessibles à tous et toutes.

Actuellement, les places sont difficiles à obtenir, car chères et peu nombreuses. Le marché de la personne âgée, la silver économie, attire les structures privées à but lucratif au détriment des services publics qui deviennent ceux du logement pour les pauvres.

Pouvoir réparer et adapter son logement

Il existe des aides à l’aménagement du domicile pour le rendre accessible, mais nombre de personnes n’en connaissent pas l’existence ou abandonnent devant la complexité du dossier de demande d’aide. Nous devons :

  • Mettre à dispositions des professionnels qui orientent vers les services compétents en connaissant les possibilités d’aides.
  • Développer des Repair Cafés et des lieux d’entraide pour les petites réparations.

Développer des habitats différents

Les nouveaux habitats profitent davantage aux plus aisés, plus informés des diverses possibilités.

  • Soutenir  les projets d’habitats collectifs.
  • Soutenir par l’aide administrative et la régulation les colocations senior.
  • Permettre la construction d’habitats partagés par la coopérative immobilière.

Des lieux de vie décents et accessibles

Il est compliqué d’avoir un juste état des lieux de l’existant sur la métropole.  Globalement, le nombre de places publiques disponibles en hébergement est bas, proportionnellement à la population concernée.

Dans une ville que l’on nous vend toujours plus grande, le développement de foyers logements et EHPAD ne suit pas.

  • Connaître le nombre d’habitats adaptés au vieillissement : faire une cartographie de l’existant ; connaître les logements adaptables facilement.
  • Augmenter le nombre de places en EHPAD public et associatif à but non lucratif.
  • Penser des lieux à taille humaine et répartis sur les quartiers pour permettre de rester à proximité de son lieu de vie d’origine. 
  • La ville et la métropole doivent proposer à l’Agence Régionale de Santé des projets de places et de structures à prix abordables.

DES MESURES POUR L’ACCÈS À SES DROITS

Des lieux d’information existent pour les personnes âgées, ce sont les CLIC.  Ces Centres Locaux d’Information et de Coordination sont des lieux d’accueil de proximité destinés à fournir aux personnes âgées et à leurs familles des informations, conseils et orientation.

C’est le lieu où des professionnels vont pouvoir renseigner sur les services disponibles à proximité du domicile, apporter une aide pour prendre des décisions, pour faire les dossiers de demandes d’aides financières.

A Nantes, il y a une antenne. Il est bien sûr possible d’obtenir des informations complémentaires auprès des assistantes sociales dans les centres médico-sociaux ou les annexes des mairies. Mais nombre de personnes âgées et leur famille ne connaissent pas leurs droits, ne savent pas comment faire, ne savent pas qu’il y a des possibilités.

Nombre de personnes n’osent pas demander de l’aide. Aller spécifiquement demander une aide, c’est reconnaître que l’on n’est plus capable, avoir peur de « mendier » ou de se faire moquer. De plus, de nombreux  documents renvoient vers une connexion informatique.

  • Il faut avoir un ordinateur et un abonnement.
  • Il faut savoir s’en servir.
  • Il faut se repérer dans la jungle administrative, les sigles et le vocabulaire internet.

Connaître ses droits

On ne peut demander aux gens de connaître leurs droits de fait, d’autant que de nouveaux dispositifs peuvent apparaître. Il faut que la ville aille vers les gens pour leur en faire prendre connaissance.

  • Former des professionnels dans chaque maison de quartier (cf développement des maisons de quartier). Ces professionnels auront une première connaissance des dispositifs existants afin d’orienter les personnes.
  • Renforcer les liens entre les différents services, organiser le réseau avec l’ORPAN (association des seniors nantais).
  • Assurer une vigilance aux besoins qui ne reposera pas uniquement sur la demande.

Pouvoir se connecter

Que je sois jeune ou âgé·e, accéder aux différents formulaires en ligne est complexe. Il faut donc permettre à toutes et tous un accès informatique, avec une aide humaine.

  • Développer des postes informatiques accessibles, avec des professionnels pour aider à la connexion administrative, en respectant la confidentialité des données personnelles.

DES MESURES POUR L’AUTONOMIE

Diagnostic de l’existant

L’autonomie, c’est pouvoir prendre mes décisions seul·e, pouvoir faire mes choix et m’organiser pour ce dont j’ai besoin. Si la perte de la marche, la fatigue ou la lenteur arrivent, il faut pouvoir continuer en adaptant les choses, et donc en adaptant l’environnement.

Pour rester chez moi, il faut que le ménage, les courses soient faits, mais aussi que je puisse faire ma toilette, m’habiller et aller me promener. Le manque de dispositifs d’aides à domicile est criant, mais les services de proximités disparaissent aussi.

Les petits commerces sont remplacés par de grandes surfaces avec galeries  commerciales. Les rues sont difficiles à traverser à vitesse réduite et il n’y a pas de bancs pour faire des pauses.

Les maisons de quartiers sont loin et les cafés, lieux de rencontres sont remplacés par des banques ou des agences immobilières. L’isolement vient avec la perte d’autonomie.

La difficulté de se déplacer limite les possibilités de rencontrer les amis ou d’aller à des activités. Or on sait que le maintien d’activités entraîne une autonomie  et une vie de meilleure qualité.
La peur de la chute, de se perdre, sont autant de facteurs d’isolement.

Pouvoir rester chez soi

C’est avoir de l’aide à domicile mais c’est aussi pouvoir faire les activités de tous les jours.

  •  Développer des services de maintien à domicile municipaux : portage de repas bio, aides à domicile…
  • Soutenir le maintien des commerces de proximité, ne pas laisser les grandes surfaces prendre tout l’espace.

Pouvoir se déplacer

Les cheminements peuvent être pensés à l’échelle de la personne qui les pratiquent. Rennes a reconsidéré ses aménagements urbains avec des usagers par exemple.

  • Penser les déplacements avec les gens, par les assemblées de quartier, cela permettrait par exemple de placer des bancs au bon endroit pour permettre des pauses.
  • Mieux sécuriser les déplacements, en prenant en compte les trottinettes, les vélos, les  voitures.
  • Développer un transport collectif adapté type Proxitan.

Avoir des lieux d’activité à proximité

Augmenter le nombre de Maisons de quartier, afin d’accroître la proximité avec les lieux de vie.

  • Développer le réseau de partenariat avec des crèches, des écoles, des bibliothèques.
  • Permettre des lieux de partage d’activités inter générationnels : préparer un repas,
    partager ses connaissances, etc.
  • Pouvoir participer aux assemblées de quartiers.

Lutter contre l’isolement

Connaître les personnes isolées dans chaque quartier.

  • Contacter et faire des propositions d’actions régulièrement à chacune de ces personnes.
  • Soutenir des initiatives de lieux conviviaux (cafés associatifs).