Nos mémoires

Notre histoire collective ne cesse de ressurgir. Scandales autour du chlordécone dans les bananeraies, ventes aux enchères d’objets africains pillés, crise humanitaire de celles et ceux qu’on appelle “les migrants”, réforme du franc CFA, bavures policières… Dans tous ces débats qui font notre quotidien, quelle est la part d’héritage de notre passé ? Comment pouvons-nous agir à notre échelle sur ces enjeux ? 

L’une des premières pistes, c’est la mémoire. Travailler autour des mémoires coloniales pour se réapproprier nos histoires et pour réparer des fractures, des blessures. Parce que apprendre, comprendre, ça apaise. 

À Nantes, un travail de mémoire ambitieux et remarquable a été amorcé avec Jean-Marc Ayrault. Mais tout n’a pas été dit : il nous faut aller plus loin. Pour réparer, nous devons construire une mémoire pleine, une mémoire qui raconte l’histoire des abolitionnistes, mais aussi celle des résistances. 

Mandela disait que, “les [Nantais·es et Français·es] ordinaires veulent que notre passé soit connu pour être certains qu’il ne se répète pas. Ils ne le veulent pas par esprit de vengeance, mais pour que nous avancions vers l’avenir ensemble”. Et on sait qu’à Nantes, il y a une envie de connaître ce passé et de s’en saisir, de s’approprier nos héritages. On en veut pour preuve le nombre record de visiteurs à l’exposition les Anneaux de la mémoire entre 1992 et 1994.

Un musée national de l’esclavage et de la colonisation à Nantes

Et si Nantes, premier port négrier, accueillait un musée national de l’esclavage et de la colonisation ? C’est le projet que nous voulons porter.

Nous souhaitons que ce musée soit à la fois un lieu de mémoire et d’histoire, qui mette autant en avant le rôle des résistances des noirs, que le rôle des abolitionnistes blancs. Un musée qui lève le voile sur Code noir, cet ensemble de textes juridiques qui ont fait des noirs des “biens meubles”. Un musée qui parle des traces et des héritages de l’esclavage après son abolition, notamment la perpétuation de l’exploitation humaine dans les colonies françaises, mais aussi après… 

Plus qu’un lieu d’exposition, ce musée devra être un lieu de savoirs et de débats pour que les Nantaises et Nantais, les personnes vivant en France, puissent se réapproprier leur histoire. Faire en sorte que les recherches sur ces sujets sortent du cadre universitaire et soient discutés, partagés avec tous les habitants. 

Et pour avancer vers l’avenir ensemble, nous devons construire ce lieu ensemble, avec les habitant·e·s, les collectifs et les associations qui s’engagent sur la mémoire ou sur les héritages de notre passé collectif.                                                

Nous nous engagerons auprès de l’État et de l’Europe pour la réalisation de ce projet à Nantes. La ville y prendra sa part et elle mettra en œuvre les moyens nécessaires pour que le projet se fasse, notamment : elle mobilisera des moyens financiers, déterminera un budget de fonctionnement et achètera le foncier ou les bâtiments nécessaires.

L’emplacement de ce futur musée sera essentiel. Nantes ne manque pas de lieux à la forte valeur symbolique et certains d’entre eux s’y prêteraient particulièrement. Ainsi, le château du Grand Blottereau a été bâti par une figure importante de l’esclavage et rien aujourd’hui, n’indique le passé négrier de son ancien propriétaire : la demeure et son parc pourraient tout à fait devenir le cadre de ce musée.

    Un mois d’événements pour célébrer nos mémoires coloniales et ouvrières

    À l’image des Black History Months aux États-Unis, au Royaume-Uni ou à Bordeaux depuis 2018, nous souhaitons organiser un événement sur un mois avec des temps d’échange (débats, expositions, fêtes, visites collectives du musée,…) pour se réapproprier nos histoires collectives. Cet événement pourra se dérouler du 10 mai (commémoration de l’abolition de l’esclavage) au 10 juin. Il s’organisera en partenariat avec les associations engagées sur ces questions liées à la colonisation, l’esclavage, et l’industrie nantaise (la Maison des hommes et du Travail, le Centre d’Histoire du Travail par exemple).

    NOS MÉMOIRES AU QUOTIDIEN

    Dans la ville, continuons à montrer les traces des héritages coloniaux

    Rue Mautauduine, rue Guillaume Grou, rue Deurbroucq, place de la Bourse, grands hôtels et macarons de l’Île Feydeau, poursuivons l’inventaire des traces de l’histoire coloniale. Ce travail a commencé à petits pas : rue Kervégan par exemple, une plaque explicative a été apposée, afin de brièvement expliquer qui était cet armateur négrier nantais. Ce n’est pas suffisant : nous devons amplifier ce travail de mémoire, mais aussi, nous ne pouvons nous contenter de simples des plaques informatives. Nous devons aussi débaptiser des lieux pour faire de la place à toutes ces figures de résistance, qui sont des modèles, qui inspirent et qui redonnent fierté et dignité.   

    Dans nos bibliothèques

    La réappropriation de la mémoire passe également par les traces écrites. Le réseau des bibliothèques nantaises doit faire l’inventaire des absences littéraires, philosophiques et historiques ou de leur moindre nombre : Marcel Zang, Cheik Anta Diop, Sylvia Wynter, Nadia Yala Kisukidi, Rosa Parks, Frantz Fanon et tant d’autres.  

    Pour cela, nous allouerons un budget spécifique à la constitution d’un fonds de livres d’auteurs et d’autrices africain·e·s, d’œuvres autour de la décolonisation et des figures littéraires et historiques oubliées ou dévalorisées. De même, une partie de ce fonds sera consacrée à l’augmentation des livres de jeunesse écrits ou illustrés par des auteurs et autrices divers et qui mettent en avant des personnages racisés. 

    Dans nos écoles

    Enfin, nous pensons qu’une mémoire pleine doit être enseignée le plus tôt possible. C’est pourquoi nous proposons de créer une ou des visites thématiques à destination des élèves du primaire au sein des bibliothèques nantaises. Cela est d’autant plus primordial, qu’actuellement, il n’existe qu’une visite dédiée à l’époque coloniale et que celle-ci est uniquement consacrée au patrimoine industriel et architectural.

    C’est aussi pour cette raison que nous mettrons en place un parcours mémoire à destination des primaires, dans le Parcours Éducatif, Artistique et Culturel proposé aux enseignants de la ville. Ce parcours, pourrait intégrer une visite commentée du mémorial de l’abolition de l’esclavage, un circuit dans la ville et bien sûr, une étape au futur musée de l’esclavage et des décolonisations.